Précision : ce texte comporte des spoilers! Je préciserai où dans le texte, cependant, que les yeux purs et innocents ne se laissent pas faire!
Madlax est la dernière série Bee Train (à la date à laquelle j'écris cet article). Bee Train (Noir, .hack//SIGN, Avenger) est désormais connu pour l'attraction / répulsion qu'il procure à ses spectateurs, souvent partagé en deux camps très tranchés variant entre la fascination et le dédain haineux.
Madlax expose deux destins en parallèle : celui de Madlax, une tueuse à gage / garde du corps, vivant à Gatzh-Sonika, pays asiatique déchiré par la guerre civile et celui de Margaret, jeune étudiante bourgeoise à Nafrece. Quel rapport? C'est forcément là que se place l'intrigue qui inclura nombre d'autres intervenants... 
Comme tout bon Bee Train qui se respecte, Madlax comporte des éléments qui peuvent paraître rédhibitoires pour certains et sur lesquels je vais m'arrêter un instant.
Pour commencer, dès les premiers artworks lancés sur le net et les bribes scénaristiques récupérées au détour d'une obscure traduction japonaise, Madlax ne peut que faire penser à Noir vu qu'on y retrouve un même schéma, à priori, dans les personnages et relations : une grande blonde armée (Mireille-Madlax), une petite brune sujette à l'amnésie (Kirika-Margaret), une tueuse redoutable (Chloé-Rimelda pour le code graphique facial et Nahal pour le poignard tranchant), une prêtresse mystérieuse qui dit pas grand-chose mais semble en savoir un bon bout (Althena-Kuanzita) et un groupe ennemi tentaculaire construit sur des écrits (Soldats-Enfan). De plus c'est quasiment le même staff technique avec la marque de fabrique reconnaissable à l'oreille : Yuki Kajiura. Mais dans Mado, on a plus de personnages (au détriment d'une plus profonde psychologie individuelle) et notamment des hommes!
Comme pour Noir (et dans une moindre mesure hack et Avenger), on retrouve les deux grosses spécificités de Bee Train, qui ont assuré son statut de studio qui partage, à savoir la contemplation du vide et da sexy gun-fight. La contemplation du vide, c'est simplement les scrollings répétés sur les yeux / visages des personnages avec la zik à Yuki derrière pendant que la figure concernée réfléchit en murmurant le plus souvent un prénom... C'est toujours pareil : on peut trouver ça chiant et redondant comme immersif et esthétique... Les sexy-gun-fight, le nom parle de soi-même, c'est les gun fight mettant en scène les jeunes femmes souvent très habiles du pistolet pour de la bataille chorégraphiée, la limite entre le classe et le too much étant à fixer selon votre bon vouloir. Ahhh, j'ai oublié aussi le syndrome du flash-back progressif (la dénomination est assez explicite...)!
Fort de ce préambule, je peux toutefois affirmer que Madlax, malgré les apparences, n'est pas une simple repompe de Noir, vu que si on y retrouve certaines scènes-clés, elles sont ici détournées à l'image du leitmotiv carrément opposé ([SPOIL]dans Noir, il s'agit de deux entités rassemblées pour mieux se séparer, dans Madlax, deux entités séparées pour mieux se rassembler, hé oui, je vous emmerde ![/SPOIL]). En plus, l'histoire s'avère être très différente, malgré la récurrente exploitation du double dans la construction des images.
Je vais me répéter, mais Madlax est, comme vous avez pu le comprendre, un anime qui se ressent, d'où une claire imperméabilité si on adhère pas à la forme et si l'on ne se prend pas d'affection pour les personnages. Les phases d'interrogation soulignées par la musique m'ont permis de m'immiscer dans le récit et le scénario, mais peuvent aussi être comprises comme des signes hautains de vide intersidéral. A chacun sa sensibilité du moment...
La base de Madlax, c'est le charme de ces personnages et leur illustration de la conscience de la vie, de leur rapport à la mort, la guerre et les mensonges avec pour but recherché de faire éclater la vérité. D'ailleurs les destins ne trouveront leur accomplissement que dans l'acceptation de leur raison d'être. Dans un monde où tout semble factice, Madlax danse entre les balles (figure de style justifiée par l'histoire) comme un ange de la mort, une gentille tueuse. Les destins se croisent et s'entrecroisent sans vraiment se voir, les mots manipulent les consciences et les âmes se perdent en se voilant les yeux.
Le début de la série peut sembler destructuré, en partant un peu dans tous les sens, mais pourtant ce ne sont que les pièces du puzzle qui se mettent en place d'une manière plus réfléchie qu'on ne pourrait le penser. Plus que l'arrivée (dont les élans métaphysiques sont discutables), c'est le parcours qui compte, dans une évolution inéluctable poussant les personnages à assumer ce qu'ils sont réellement. Madlax nous conduit dans un voyage partant de la jungle luxuriante des combats jusqu'au calme des champs d'Helianthus, la tentation d'y sombrer est palpable...
[SPOIL pour un bon bout]
Quelle est la nature de l'homme et où se situent les limites de l'insanité. A l'image de la division mentale des héroïnes, le monde est scindé en deux. Nafrece qui vit calmement, sans se rendre compte des enjeux contrôlés par Enfan, illustré par Margaret qui n'a gardé que la conscience qu'elle souhaitait, mais ne peut s'accomplir parfaitement dans cette vérité refusée, oscillant éternellement dans un état de béatitude soucieuse. Gazth-Sonica est déchiré par une guerre dont les raisons ont été oubliées et falsifiées, les hommes s'y battent sans savoir pourquoi, lobotomisés comme des marionnettes, et Madlax n'y échappe pas. Aveuglée par une destinée sans choix, elle tue sans compter car elle ne peut pas avoir d'autre rôle, étant une représentation incarnée du mal et du péché. Sans véritable consistance, Madlax suit un mouvement imposé malgré elle et devra se réveiller par elle-même. Après un premier sursaut suite à son Elda Talutation , Madlax renforcera sa virtuosité guerrière en découvrant sa véritable nature, son absence de talent l'aidera à se surpasser pour désormais vivre une nouvelle existence à travers Vanessa et Rimelda. C'est la confrontation à leur propre existence et Reticia qui permettra à Margaret de véritablement vivre, comme si l'abandon de la poupée correspondait à la perte l'innocence, découvrant et acceptant que le bien et le mal peuvent et doivent cohabiter.
S'affranchir de soi-même pour les autres et pour vivre, l'idée est reprise comme un thème général, chaque personnage l'assortissant à sa manière. Eleanor est dévouée à sa maîtresse, s'oubliant dans un refoulement social, mais son rôle maternel la comble et sa délivrance explosera quand elle prouvera à FM que la vérité pointe vers l'amour qu'elle porte à sa famille par procuration. Vanessa, figure de la recherche absolue de la vérité, battra l'impulsion meurtrière prônée par FM (encore lui.) en donnant une authentique raison de survivre à Madlax, lui permettant de comprendre qu'elle pourra continuer d'exister dans le coeur des autres... Vanessa peut partir heureuse retrouver ses parents dont sa détermination n'a jamais douté (c'est cucu ce que je dis.). Pour Carossaur, c'est vite vu. Il peut être fier d'être le seul personnage principal masculin réussi Issu d'un passé nié et d'une évolution inventée, Carossaur assure les liens entre les principales entités (FM, Enfan, Margaret) malgré une existence vide, vu qu'il est déjà mort.
Et puis y'a Rimelda, la snipeuse vénéneuse qui entretient une lascive relation avec Madlax, mélange de fascination et de haine. Paradoxalement, Madlax devient son seul point d'ancrage quand elle apprend que sa dévotion n'a été que manipulation. Ainsi donner la mort à cette vie déjà factice deviendra le seul moyen d'affirmer son existence en ce monde. Après une longue danse guerrière, Rimelda renaîtra en donnant naissance à une vision de Madlax, lui permettant d'être malgré les circonstances.
[/SPOIL y'en a pu!]
Appuyé sur une mythologie écrite aux mots maudits, l'intrigue intègre ses pièces progressivement en expliquant ce dont on se doute assez vite, sans pouvoir vraiment l'expliquer. Tout au long des 26 épisodes, les questions trouvent leurs réponses jusqu'au dénouement rassembleur qui fusionne les thèmes. Dois-je préciser que c'est joli? Et que la musique fait, encore une fois, une immense partie de l'intérêt (pour peu qu'on ne soit pas encore dégoûté de Yuki) ?
Bon, par contre, un truc que je ne peux pas défendre sous peine d'user de mauvaise foi, c'est le méchant de l'histoire, FM qui porte bien son nom vu qu'il est clairement monté à l'envers. Si le masque peut faire bonne figure au départ, FM ressemble plutôt à un gros pâté en tunique pour finir. Ses motivations sont pour le moins simplistes doublées d'un rire démoniaque de type 'je suis dingue, hahaha'. Nan, il y avait définitivement matière à mieux faire avec un sale type peut-être plus nuancé et aux aspirations plus équivoques.
Ce que j'aime donc principalement chez Madlax, c'est son ambiance, mélange des personnalités, des images et de la musique. Une fillette qui court au milieu des ruines, un regard qui se perd dans l'espoir, une lutte perdue pour survivre. et puis y'a Rimelda qui est indispensable Pour moi le mélange a pris, mais je conseille si possible de plutôt mater Noir avant !
Madlax n'a pas encore été achetée en France, donc aucun DVD pour l'instant!
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Année : 2004 Genre : Action /Drame Studio : Bee Train Réalisateur : Koishi Mashimo Compositeur : Yuki Kajiura
Character-Designer : Minako Shiba, Satoko Miyachi, Satoshi Ohsawa Format : 26 x 25 min
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